Philippe LEFILS et Brigitte ROSE • L’UFAVAL
Philippe Lefils
Philippe Lefils est né en 1946 :
« Je suis arrivé à Épinay avec mon épouse en décembre 1973. C’est en nous rendant dans le centre de vente de la SCIC à la Ferme de Boussy que nous avons repéré une résidence à Épinay qui nous plaisait : « Le Pré aux agneaux », doté de petits pavillons avec des espaces verts « ouverts » et à proximité de l’Yerres.
Nous avons jeté notre dévolu sur un trois pièces qui rentrait dans nos finances : Trois semaines après, nous emménagions le jour de notre mariage.
Nous avons eu cinq enfants qui ont toutes grandi dans la résidence. »
À l’époque dans les années 60-70, la SCIC (aménageur de la caisse des dépôts et consignations) fait construire les immeubles « classiques » à Épinay en centre-ville et lance des concours d’architecture pour construire une dizaine de résidences satellites. Le Pré aux agneaux fut confié à l’architecte René Le Van Kim, ancien premier prix de Rome.
« La ville à la campagne » était le slogan du val d’Yerres.
« Ces résidences en périphérie d’Épinay ont toutes un look différent.
Par exemple le Pré aux agneaux a une arborescence en forme d’arête de poisson, avec des influences architecturales méditerranéennes.
Pour anecdote, cette résidence a été construite en 1970-72 sur des terres inondables. Mais pour éviter des déboires futurs, on a surélevé préalablement le terrain d’environ 2,50 mètres en utilisant les déblais de terres de chantiers des immeubles d’Épinay. Lors de l’inondation de 1978, l’Yerres est arrivée à 1 centimètre du premier pavillon le plus bas de la Résidence… »
Le Pré aux agneaux a une spécificité « communautaire » à la mode dans les années 70. Tous les espaces verts sont un bien commun et appartiennent à tout le monde. Personne n’a son jardin particulier, du moins c’était le cas à l’époque.
Il y avait une vraie vie de village, un esprit de solidarité, tout le monde se connaissait.
« Les habitants, en fonction de leurs métiers et de leurs compétences, s’entraidaient les uns les autres. On trouvait toujours « celui qui pouvait réparer ». Et les enfants étaient chez eux partout.
Les enseignants disaient d’ailleurs que les enfants du Pré aux agneaux étaient différents des autres. Ils ne voulaient surtout pas quitter la résidence pour déménager ailleurs, ils étaient bien trop heureux ici. »
« Mes filles ont suivi leurs scolarités dans les établissements de la ville, de la maternelle au bac. Elles ont toutes réussi leurs parcours professionnels ; preuve que les enseignants à Épinay font bien leur travail »
« Le Pré aux agneaux est toujours un lieu agréable à vivre, la période du COVID en fut la preuve. Toutefois les mentalités ont évolué et sont un peu moins communautaires aujourd’hui. »
Philippe Lefils se souvient de moments forts à Épinay.
« J’ai participé au jubilée de l’Établissement religieux Sainte-Hélène, la première école privée de la ville. Les sœurs auxiliatrices avaient convié à cet évènement les anciens élèves devenus adultes. Ce fut un moment très réussi et émouvant. »
« Au début des années 80, j’ai filmé les fêtes d’école avec ma caméra super 8. J’ai aussi filmé le carnaval qui avait lieu tous les ans :
Il démarrait de l’école du Pré aux agneaux, faisait tout le tour de la ville en passant devant toutes les écoles où se joignaient les autres élèves. Pour le final, tout le monde se retrouvait dans le parc de la mairie. L’ensemble était accompagné par les majorettes de la ville et la fanfare municipale. »
Philippe rappelle que de nombreux spinoliens ont été baptisés ou mariés dans l’ancienne chapelle située à l’emplacement du dépôt de chantier en face de la MAC.
« La construction de la « nouvelle église » s’est faite grâce à des négociations entre la SCIC et l’association paroissiale. Ce sont les paroissiens qui ont financé la construction. L’église Saint-Damien-de-Veuster a été inaugurée le 19 décembre 1971. »
Brigitte Rose
Brigitte Rose est née en 1950. Elle se marie en 1970 et habite un pavillon prêté à Massy. Elle a une amie qui habite Boussy et l’environnement lui plait bien. C’est ainsi qu’elle trouve son bonheur à Épinay où elle achète et habite depuis juin 1971 dans un des bâtiments du quartier « Ile de France ».
« C’était vraiment très agréable d’arriver dans un logement tout neuf de 3 pièces.
Car c’était une époque où l’on ne trouvait pas de logement, même si l’on gagnait correctement sa vie, sans être riche ni pauvre. La plupart d’entre nous vivait avant dans des conditions de logement précaire. Arriver à Épinay fut un bonheur. »
« Aux débuts des années 70, la ville était bien équipée. Le centre commercial d’Épinay était bien fourni en magasins et marchands : boulangeries, boucherie, poissonnier, vêtements, librairie, magasins de chaussures, banques, coiffeurs, etc…
Les habitants pouvaient faire leurs courses et se ravitailler sans problèmes.
Par ailleurs, il y avait plein d’équipements dont les écoles, les collèges, la piscine.
C’est au niveau du centre commercial que tout s’est dégradé ces dernières années… »
Elle s’engage aussi bénévolement dans les écoles, rejoint la FCPE (Fédération Cornec des parents d’élèves). Son mari construit les bibliothèques des écoles de la Plaine.
« Le bénévolat, c’est l’engagement d’une vie. On aime ça, on apprend, et on continue. »
Brigitte regrette amèrement la dégradation progressive de la ville par des gens qui ne respectent plus rien et à qui tout est dû.
« L’esprit individualiste l’emporte sur le côté collectif. Cela se ressent aux niveaux des associations qui peinent à renouveler leurs effectifs. »
Parmi les événements marquants organisés par la ville, Brigitte a apprécié le « Spin and Sun » au bord de l’Yerres avec de nombreuses activités pour petits et grands, mais aussi le « Spin and Snow ».
L’UFAVAL (Union des Familles du Val d’Yerres) a été créée en 1969, en même temps que le bâtiment qui l’abrite. C’est ce qu’on appelle un LCR (Local Commun Résidentiel), c’est le bailleur qui met à disposition le local. Brigitte Rose et Philippe Lefils s’y engagent bénévolement au tout début.
« Des activités étaient proposées comme le vélo, des ateliers « détente/loisir » pour les femmes. Les locaux étaient toujours plein. »
Brigitte revient sur l’un des évènements phares de l’UFAVAL.
« Le gala de danse avait lieu tous les deux ans. C’était un évènement majeur très apprécié et vraiment enthousiasmant. On fabriquait tous les costumes. Il y avait un énorme travail de couture, c’était un gros investissement.
Une centaine d’enfants suivaient des cours de danse dans les locaux de l’association avec une professeure qui leur apprenait des chorégraphies. Le spectacle avait lieu à la salle des fêtes, puis au gymnase.
On payait un photographe qui couvrait tout le spectacle. Nos danseurs et danseuses repartaient avec des photos souvenirs de l’évènement. C’était vraiment beaucoup de travail, mais ce gala était un immense bonheur pour tous. »
Philippe se souvient du rallye de l’UFAVAL.
« On organisait à l’occasion de la fête des voisins un rallye sur toute la ville avec le soutien du bailleur, de l’UFAVAL et de nombreuses associations. Des bénévoles encadraient l’ensemble.
Le rallye était pédestre avec 2 pôles principaux : le terrain de sport de la plaine et le skate-park. À partir de là, on rassemblait des familles entières, on constituait des équipes mixtes avec des tranches d’âge allant des enfants aux grands-parents.
Les équipes devaient partir dans la ville pour résoudre des énigmes, l’idée étant de faire connaitre l’histoire de la ville, et que les gens découvrent d’autres quartiers que le leur.
Le parcours de recherche passait par plusieurs étapes et lieux clés (écoles, mairie, moulin de Rochopt, lavoir, équipements sportifs, etc…).
L’ambiance était sympa et conviviale, et l’ensemble finissait comme dans un album d’Astérix, par un grand repas partagé dans la prairie, que de très bons souvenirs. »
Brigitte revient sur les activités proposées.
« Aujourd’hui au niveau des activités de l’UFAVAL, il y a de l’art floral, de la gymnastique douce par APA de géant, lire et faire lire (lecture aux enfants dans les écoles), de l’initiation à l’informatique, du tutorat à l’embauche, etc…
L’UFAVAL est aussi un relais CAF, d’autant plus recherché que les antennes de la sécurité sociale ont toutes disparues du territoire.
L’UFAVAL participe depuis peu au TÉLÉTHON où l’on vend nos décorations florales réalisées dans nos locaux.
Enfin, pour la mairie, nous participons depuis une dizaine d’années à un atelier « art floral » pour les enfants au moment de Noël.»
Brigitte fait un constat et nourrit un espoir.
« Aujourd’hui, le bénévolat s’essouffle. Il y avait 50 bénévoles au début à l’UFAVAL. Aujourd’hui, il ne reste plus que cinq anciens…
Dans un proche avenir, j’espère que les gens avanceront à nouveau dans la même direction, apprendront à se parler et à se comprendre pour le bien des enfants et de la vie de la cité. »
Philippe complète.
« 50 ans après, la ville a bien changé, certains sont partis, d’autres sont arrivés, ceux qui sont restés sont devenus les anciens.
Certaines familles ont essaimé, les enfants d’aujourd’hui jouent dans les mêmes cours d’école que leurs parents et les enseignants les tirent vers le haut.
La ville évolue avec d’autres habitudes liées aux origines des nouvelles familles.
« Cité dortoir » dites-vous ?
– Oui mais que de belles nuits dans une cité aux mille facettes de vies vécues et une ville qui reste vivante. »

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