Denise BEUTELSTETTER

Denise BEUTELSTETTER • Le Sénart

Denise Beutelstetter est née le 5 octobre 1936.

Elle et son mari René, habitaient Paris dans le 13e arrondissement.

Denise a d’abord été secrétaire médicale. Son mari était représentant chez Lindt, mais il souhaitait tenir un café.

Denise et son mari vont alors tenir plusieurs établissements comme gérants libres.

« On a commencé rue Tolbiac avec un café restaurant où on a fait nos armes pendant 4 ans, puis on en a tenu un autre dans le 14e. Ensuite, on a tenu un tabac à Asnières, puis un autre à Massy Palaiseau pendant 4 ans où ça marchait bien, et on a pu mettre de l’argent de côté. »

C’est alors qu’on leur propose plusieurs affaires à acheter dont le café restaurant « Le Sénart » à Épinay-Sous-Sénart. Ils ont en fait déjà vu l’établissement après le baptême du neveu de Denise, et l’ont trouvé très beau. Comme Denise a son frère qui habite la ville, elle insiste pour acheter l’affaire contre l’avis de son mari et de son fils.

« On a finalement acheté « Le Sénart » en 1986. C’était un café restaurant où on servait des repas le midi. On était ouvert de 7h à 22h tous les jours, sauf le dimanche, jour de fermeture. Le café était situé dans le grand centre commercial d’Épinay. On avait un grand logement situé juste au-dessus. »

Denise raconte l’ambiance du Sénart.

« Mon mari tenait le bar. Moi, j’étais à la cuisine. Au début, on avait l’ancien barman du café qui travaillait pour nous. Puis il nous a quitté quelques années après, et du coup, on a embauché mon fils Marc pour le remplacer, mais ce n’était pas son truc. Il est quand même resté 4 ans. On avait aussi madame Rodriguez qui s’occupait du ménage. On a aussi embauché une personne pour m’aider en cuisine qui s’appelait Maria et qui est restée jusqu’à la fin. »

Le soir, l’ambiance est bonne. Les clients viennent consommer et restent aussi pour jouer au 421, parfois avec son mari.

« Le midi, je préparais les repas, c’était de la cuisine faite maison, et tous les jeudis, je faisais une spécialité. Je faisais du couscous, de la choucroute, de la paëlla… Il y avait de nombreux clients qui appréciaient ma cuisine, on m’en parle encore. Certains m’offraient des fleurs pour ma fête. Certains jeunes qui m’aimaient bien mais qui n’avaient pas d’argent, fauchaient des fleurs chez le fleuriste pour me les donner. Je les lui rapportais, on en bien rigolé à chaque fois. »   

Pour l’approvisionnement en viande, Denise prend ses commandes chez le boucher d’Épinay (Boucherie Bernard) qui la livre au Sénart. Pour le beurre, le fromage, les œufs, elle commande par téléphone auprès d’une coopérative.

« Je me faisais aussi livrer une partie des pâtisseries. Les crèmes caramel, les îles flottantes, les mousses au chocolat, c’était moi qui les faisais maison. Mon mari fabriquait la chantilly pour les glaces. Le boulanger d’Épinay, monsieur Bourgoin, m’avait appris à faire les tartes Tatin. »

Les jours de brocante, devant le Sénart, Denise et son mari participent à l’animation et montent des tables à l’extérieur pour servir des plats.

« La mairie me prêtait un barbecue et moi, sur ma terrasse, j’animais un stand moules frites toute la journée. On faisait cuire aussi des merguez et des hot-dog.

Pour m’aider, j’avais embauché deux clients qui préparaient les moules. Le Sénart était plein. Le soir, j’étais rincée. Mais c’était une journée super sympa. On l’a fait au moins 3 fois. »  

Le travail au Sénart n’est pas toujours très serein…

« Malheureusement, on a eu beaucoup de problèmes avec la drogue. La police faisait régulièrement des descentes avec les chiens dans notre établissement. On était souvent obligé de gendarmer, ou de négocier pour éviter des situations délicates. On a connu des moments compliqués. Heureusement, mon mari avait de la poigne. Il avait été boxeur et savait se faire respecter, tout en restant juste. » 

Denise évoque des souvenirs plus heureux.

« Il y a eu de bons moments avec les clients. Les employés de la sécurité sociale venaient manger chez nous régulièrement, ceux de la mairie aussi. On avait beaucoup d’habitués, des papys et des mamies qui habitaient la région.

On servait jusqu’à 50 couverts le midi. 

Je me rappelle Marcel, un monsieur âgé, véritable personnage du vieil Épinay qui venait souvent manger chez nous. Un soir, il est venu au restaurant avec un ami vietnamien, j’ai préparé spécialement un repas et on a dîné tous ensemble, ce fût un agréable moment. 

Lors d’un Noël, on a fait la fête avec tous les commerçants du centre commercial. On avait décoré tout le restaurant. Et un musicien est venu animer la soirée. »

Denise est aussi la trésorière de l’Amicale des commerçants. Ceux-ci sont clients les uns chez les autres. Denise se rappelle de nombreux commerçants très sympas.

« J’allais chez le coiffeur à l’époque, lui venait chez nous boire son thé, manger. Les fleuristes, monsieur et madame Martin, étaient également clients chez nous. Il y avait aussi Maria, la mercière. Je me fournissais en poisson chez la poissonnière. Je faisais beaucoup travailler les deux boulangeries pour le pain et pour les croissants. L’opticien et le personnel de la Poste venaient aussi souvent se restaurer chez nous. »

« Un jour, mon fils, qui avait une fibre artistique, a fait une exposition sur les indiens d’Amérique dans le restaurant. Tout le monde a été convié au vernissage. L’épouse de monsieur Dôle, le maire, est venue. Mon fils avait maquillé de nombreuses femmes qu’il avait prises en photo, et tout son travail était affiché. Cela a tellement marché que mon fils a fait une autre exposition ensuite à la mairie. »

Puis les choses se dégradent brusquement lors de la première guerre du Golfe.

« On a moins travaillé le midi. On avait du mal à joindre les deux bouts, à payer les charges. En 2002, quand on a eu 65 ans, on n’en pouvait plus et on a revendu « Le Sénart ». Malheureusement, on n’a pas retrouvé nos fonds de départ, on l’a très mal vendu… »

Aujourd’hui à 88 ans, Denise vit dans un appartement de la rue Johann Strauss qui surplombe la vallée. Elle a dû arrêter la gym pour les séniors, suite à des problèmes de santé. Mais elle a plusieurs amies avec qui elle fait de nombreuses sorties et elle reste active.

À Épinay, Denise apprécie l’environnement.

« On a de la chance. On a la rivière. Avec mon mari, on se promenait tous les dimanches sur les bords de l’Yerres avec notre chienne. On allait loin et on adorait ça. »