Chantal et Jean PERRAULT

Chantal et Jean PERRAULT • Grandir à Épinay

Jean Perrault est né le 16 août 1950 à Épinay-Sous-Sénart, rue Saint Geneviève.

Il a toujours habité Épinay et a même exercé son métier, sapeur-pompier professionnel, dans la ville.

Jean Perrault est issu d’une vieille famille spinolienne implantée là depuis plusieurs générations.

« Mon arrière-grand-père s’est noyé dans l’Yerres le 18 novembre 1878 en rentrant de la Ferme de Boussy où il travaillait. En revenant sur Épinay par la passerelle en corde de l’époque, il a malencontreusement trébuché et est tombé dans l’Yerres… Il ne savait pas nager.

Mon arrière-grand-mère attendait ma grand-mère qui est née en 1879.
Ma grand-mère a, plus tard, épousé à Épinay, mon grand-père François Perrault qui était tailleur de pierre.

Il était venu, de la Nièvre, travailler à Épinay afin de construire la seconde voie de chemin de fer du viaduc.

Jean raconte ses années d’enfance.

« Dans le village d’Épinay, il y avait beaucoup de solidarité.

On avait tous un petit jardin et on partageait ce que l’on avait.

Chacun puisait dans le jardin du voisin ce dont il avait besoin, ni plus ni moins.

On allait les uns chez les autres, ma mère faisait des îles flottantes le dimanche, les voisins venaient en manger, la semaine suivante, on allait manger des crêpes chez une voisine, etc… 

On avait aussi tous des animaux, des poules, des lapins, des pigeons, qu’on nourrissait avec les grains glanés que nous ramassions à la fin des moissons dans les champs entourant le village : de l’avoine, du blé, de l’orge… »

Jean a de nombreux souvenirs de son enfance.
« Ma grand-mère était blanchisseuse chez les Sœurs Saint-Vincent de Paul, elle allait au lavoir d’Épinay laver le linge. J’allais chercher le lait à la ferme.

Les enfants aimaient accompagner le fermier quand il conduisait les vaches dans les champs au bord de l’Yerres. On allait chercher du cresson au niveau du moulin de Rochopt. Il y avait une cressonnière entretenue par les anciens d’Épinay.

Dans le vieux village, on avait deux commerces, un café épicerie et une épicerie mercerie, qui notaient ce qu’on prenait chez eux, et les gens venaient les payer avec un chèque à la fin de chaque mois.

Madame Gauthier était propriétaire d’un bar hôtel restaurant Place du Général De Gaulle. Près de celui-ci se tenait un local, lui appartenant, qui nous servait de salle des fête et multi-activités, ainsi qu’un terrain de boules. »

Âgé de 10 ans en 1960, Jean assiste à son premier conseil municipal avec sa grand-mère, qui lui propose de venir voir ce qu’allait devenir son village.

« Le maire, monsieur Deslandes avait étalé un grand plan sur la table.

Au milieu, il y avait un grand carré noir. Ça c’est l’emplacement du totem d’Épinay, m’a-t-il dit, en précisant qu’une grande tour allait y être construite. On n’en connaissait pas le nombre d’étages…

Tout autour, il y avait des carrés, des triangles, des ronds, qu’il nous a montrés avec sa main, en précisant, ça ce sont les petits. C’était assez sidérant, tous les champs d’Épinay allaient être construits. Moi, je trouvais cela normal que de nouveaux habitants arrivent, mais les Spinoliens de l’époque étaient contre, ils voulaient protéger notre petit village. 

Je me rappelle que l’on a empêché Charles Aznavour d’acheter le bâtiment qui abrite maintenant la mairie.

On souhaitait que ce patrimoine historique reste dans le domaine public et devienne la mairie d’Épinay, et on a réussi.

Après quelques actions de terrain rondement menées, la caisse des Dépôts et Consignation, propriétaire à l’époque, a lâché prise et nous a permis de convertir le bâtiment en mairie pour le franc symbolique. »

Pour l’école, Jean fait ses premières années chez les sœurs auxiliatrices dans un jardin d’enfants. Ensuite, il fait son entrée au CP dans l’ancienne mairie d’Épinay, puis intègre la nouvelle école (ancien centre de loisirs).

« J’ai passé mon certificat d’études à Brunoy, puis je suis devenu sapeur-pompier professionnel en 1974 en passant le concours. J’ai travaillé d’abord à Brunoy pendant 2 années, puis dans les Centres de Secours du secteur de Brunoy Val d’Yerres, jusqu’à la fin de ma carrière. »

Chantal Perrault est née le 25 avril 1954 à Melun.

Alors que sa famille habite Asnières, son père, Jacques Ysebaert, qui est garde républicain, intègre l’orchestre symphonique de la garde républicaine. Il faut alors trouver un autre logement et ses parents acquièrent un appartement à Épinay en 1968 rue du Boisselet dans les nouvelles constructions. Chantal a 14 ans, son frère Patrick 11 ans.

« Quand je suis arrivée à Épinay, j’étais mal, c’était une punition de venir habiter ici. Je venais d’une ville où il y avait beaucoup d’activités, de magasins. Là c’était la campagne la plus perdue. En plus, on n’avait pas forcément l’impression d’être les bienvenus. On arrivait dans un village existant et soudé où nous n’étions pas vraiment souhaités. Petit à petit, je me suis acclimatée. Je me suis fait des amis. Je me rappelle que j’aimais bien les fêtes et en particulier les feux de la Saint Jean dans la prairie à l’emplacement du stade Mimoun. »

Jean précise qu’il était un des seuls du vieux village à se balader dans la ville nouvelle d’Épinay. Les autres n’y allaient pas.

« Au début, on circulait tranquillement dans la ville. Il y avait plein de parkings, mais quasiment pas de voitures. Nous on était souvent à mobylette ou à moto. »

Chantal évoque son parcours scolaire.

« À ce moment-là, il n’y avait pas de collège à Épinay, on allait au Lycée Albert Camus de Brunoy. Ensuite, je suis allée au Lycée Talma qui venait d’ouvrir. J’ai eu mon Bac, j’ai travaillé à la Poste, puis je me suis rapidement tournée vers l’enseignement, j’ai été vacataire pendant 2 ans, puis je suis entrée à l’École Normale. En 1983, j’ai débuté ma carrière comme enseignante en élémentaire à l’École de la Plaine 1 d’Épinay (actuellement Alphonse Daudet) où je suis devenue plus tard directrice de 1996 à 2010. »

Chantal revient sur les débuts d’Épinay.

Au départ seuls étaient construits les résidences Anémones et Bleuets près du vieux village et la grande tour (1 Victor Hugo) ainsi que les immeubles de la rue Anatole France et ses tours.

Épinay dans ses débuts c’était : un immeuble neuf là, puis un énorme tas de terre ici, et puis une route qui n’allait nulle part, et puis un autre immeuble, puis un autre tas de terre… On voyait la ville se construire petit à petit, c’était assez étrange, on avait l’impression d’être dans un énorme jeu de construction à ciel ouvert parcouru par des groupes d’enfants qui s’amusaient à courir sur les fondations des immeubles naissants.      

« Dans les premières années des nouvelles constructions, Épinay ne disposait d’aucune infrastructure et M. Biteau, le maire de l’époque, a demandé à mon père de créer une école de musique.

Mon père a accepté et le conservatoire de musique est né. Il a sollicité certains de ses collègues pour venir donner des cours, ma mère l’a aidé en s’occupant du secrétariat. Les locaux se trouvaient dans le collège Gérard Philipe tout nouvellement construit. Puis déplacé ensuite dans le Petit Chalet rue sainte Geneviève ».

D’abord bénévole pendant 5 ans, la mère de Chantal est embauchée ensuite par la mairie comme employée municipale. De nombreux concerts et des auditions d’élèves sont organisés dans la nouvelle salle des Fêtes.

Une autre salle, l’ancienne salle Pompidou, construite sur le terrain donné par les sœurs auxiliatrices, est tour à tour une chapelle, une salle multi-activités qui sert aussi bien pour les entrainements de sport (judo), pour les fêtes et de salles pour les associations. C’est pour son passé historique que les anciens Spinoliens ont été très choqués de sa destruction.

Pour ne pas être trop éloignés de leurs enfants, les grands-parents de Chantal viennent s’installer également à Épinay.

Mais son grand-père, François Ysebaert, s’ennuie, alors…

« Il a rencontré 3 ou 4 personnes âgées comme lui, et en 1972, ils ont décidé de créer le club des anciens, parce qu’il n’existait pas d’associations dédiées au 3e âge à Épinay. Jeux de cartes, sorties, visites, voyages, repas, étaient au programme du club. Et ça a bien fonctionné. »

À partir de là, la ville bouge, des choses se mettent en place. Des clubs de sport, déjà créés, intègrent de nouveaux locaux comme la gym et le judo…

Jean et Chantal se rencontrent à Épinay et s’y marient en 1974.

Leurs fils Yannick et Nicolas agrandissent la famille et vivent jusqu’à l’âge adulte à Épinay.

Ils vont souvent déménager tout en restant dans la ville. Ils vont habiter au 7 rue Anatole France, au 18 rue Sainte Geneviève, au 1 villa Beethoven, au 3 rue Alphonse Daudet, et aujourd’hui ils habitent dans une maison au 24 rue Serpente.

Chantal se souvient des premières années de leur jeune couple.

« Au début, c’était super. On était à côté du grand centre commercial, il y avait environ une quinzaine de commerçants. On avait tout sur place, c’était vraiment pratique ». 

Jean se rappelle d’un des premiers habitants de la ville nouvelle.

« J’ai vu monsieur Salhi arriver. Il cherchait la SAE (entreprise de construction) qui était basée au niveau du château d’eau. C’était là que la SAE logeait, dans des bungalows, les ouvriers qui bâtissaient Épinay. Puis au fil du temps, l’entreprise a commencé à loger ses ouvriers dans les nouveaux bâtiments qu’ils avaient construits eux-mêmes. La famille Salhi, d’origine algérienne, s’y est installée et nombreux sont, maintenant, leurs descendants qui habitent la ville où la vallée de l’Yerres. »

Chantal précise qu’elle a eu plusieurs enfants Salhi dans sa classe d’enseignante.

« J’ai souvent observé que mes élèves, une fois devenus adultes, s’installaient à Épinay pour y vivre, les gens se sentaient bien ici et n’avaient pas envie de partir. Chaque quartier était un « petit village » Le centre de vie à l’époque, c’était les écoles, Ils s’y passaient beaucoup de choses, on organisait de nombreuses d’activités même hors temps scolaire et des fêtes. Les parents d’élèves y étaient actifs et les enseignants ne comptaient pas leurs heures pour apporter de la vie dans le quartier.

Les enseignants, au plus près des familles, servaient aussi d’alerte, auprès de la municipalité, quand une famille était en souffrance., Chantal en a été témoin à l’école et s’en souvient.

Avec les classes découvertes, on a permis à un grand nombre d’enfants de découvrir la mer en Bretagne. On organisait un loto pour récupérer des fonds, parce qu’une grande partie était financée par l’école. Les parents réglaient la somme restante, par mois, afin de ne pas trop grever leur budget. Le CCAS de la ville aidait les familles en difficulté pour le départ de leur enfant.
Avant, on a même fait du camping avec les élèves. Jean posait des jours de repos, on nous prêtait une camionnette pour le transport des tentes, les parents d’élèves emmenaient leurs enfants en voiture, les élèves se faisaient à manger eux-mêmes, mais là, c’était sur des destinations plus courtes comme Bois-Le-Roi. »

En dehors de son travail, Jean est très actif et prend la direction de l’association FCPE des parents d’élèves pendant de nombreuses années de l’élémentaire jusqu’au lycée.

« À l’époque au collège, les livres scolaires étaient payants. Alors on a décidé de créer une bourse aux livres afin que les gens puissent acheter à des prix modérés les livres d’occasion. Mais c’était un gros travail, parce qu’il fallait vérifier page par page que les manuels soient intacts. Heureusement, on était un groupe de parents très solidaire, bénévole et volontaire. »

Jean est également le représentant des parents d’élèves dans de nombreuses classes, faute de candidat côté parents.

« En cela, j’étais très proches des élèves auprès desquelles je recueillais les doléances. Aujourd’hui, ils ont grandi et ils me reconnaissent quand je circule dans Épinay. On échange et c’est très agréable. »

Jean devient ensuite Délégué Départemental de l’Éducation Nationale, médiateur de l’école et garante des valeurs républicaines et de la laïcité.

Jean a aussi été élu à Épinay, d’abord dans l’opposition en 1989 avec monsieur Guillet où il était au CCAS. Ensuite il est élu dans la majorité de 2008 à 2014 avec Madame le maire Christine Scelle-Maury où il a la délégation des Services Techniques pendant 4 ans.

Aujourd’hui, Jean est bénévole au conseil d’administration de la SAGAD et il siège également au CCAS d’Épinay et de Boussy.

Aujourd’hui, Chantal et Jean sont toujours des bénévoles actifs sur Épinay.

Ils aident la brigade de solidarité de la commune.

Ils vont à la rencontre des habitants et discutent avec eux, démêlent leurs problèmes quand ils le peuvent.  

Ils ont l’avantage d’avoir toujours habité Épinay, d’avoir toujours œuvré dans le social. Tout le monde les connait, ils connaissent tout le monde.

« On dit bonjour à tout le monde, tout le monde nous dit bonjour.

On ne quittera jamais Épinay, c’est notre ville ! Épinay c’est notre famille ! ».