Jeannette-Danny et Bertrand N’ZOUTANI

Jeannette-Danny et Bertrand N’ZOUTANI

Bertrand : Je suis né le 22 juin 1944 à Mindouli c’est au Congo Brazzaville. Je suis arrivé le 24 novembre 1969 en France, par bateau. C’était le dernier voyage du bateau Jean Mermoz de la compagnie Delmas. 

Jeannette-Danny : Moi je suis née le 19 juillet 1952 à Lubumbashi en RDC, pendant la colonisation belge, de papa belge- flamand et de maman originaire de Lubumbashi. Je suis arrivée (en Belgique) le 30 juin 1960 le jour de l’indépendance de la RDC, toute seule avec ma petite valise. Parce que l’après indépendance a été très dure en RDC. Je suis restée jusqu’à mes 21 ans en Belgique côté flamand, ce qui est très rare pour les métis et je suis venue rejoindre Bertrand en 1974 à Paris. Maintenant depuis 51 ans je vis en France. 

A Paris, nous vivions aux Buttes Chaumont. 31 rue des chaufourniers dans le 19 ème arrondissement. C’était une merveille mais moi je n’ai pas pu m’y adapter. Paris est une grande capitale.

Bertrand : Au Congo Brazzaville, j’étais comédien, je faisais partie du Théâtre national du Congo, on avait des metteurs en scène français qui venaient du TNP. Bon, j’étais tout le temps en contact avec des blancs. Et je voulais venir faire du théâtre en France pour parfaire un peu ma formation de comédien. Donc j’ai atterri d’abord à Toulon où il y avait mon cousin, parce que là-bas, le climat pouvait me permettre de supporter la température, il faisait moins froid qu’ailleurs. J’ai vécu là-bas. J’ai commencé par jouer dans des troupes amateures mais ça ne nourrit pas son homme. J’ai été au centre FPA. Pour apprendre la plomberie. Donc j’ai travaillé en tant que plombier pendant peut être 3 ans et après il y avait beaucoup plus de possibilités à Paris pour pouvoir négocier ou évoluer un peu dans le milieu artistique qu’à Toulon. Donc quand je suis arrivé ici, j’ai travaillé en tant que plombier dans une boîte la journée et le soir, on avait un groupe, on répétait au Centre culturel américain, 14 rue Raspail. Et après, quand le groupe s’est senti à peu près en force de pouvoir présenter quelque chose, on commençait à faire des petites tournées, mais vraiment des petites, parce qu’on travaillait tous. On faisait des tournées, on acceptait les contrats de week-end le samedi et le dimanche et le lundi on reprenait notre travail normal, plombier. Et après quand le groupe était devenu un tout petit peu connu, il fallait prendre une décision, laisser tomber la plomberie et puis prendre la direction de la vie artistique. Donc j’étais artiste et puis après j’ai travaillé. Bon, on commençait à voyager et je suis allé en Belgique où j’ai rencontré mon épouse. Et puis après on a travaillé avec les Jeunesses musicales de France. Donc j’ai travaillé plus de 13 ans avec eux et petit à petit, j’étais quand même comédien, on est venu faire des animations à Yerres. C’était un centre expérimental intégré, il y avait un collège, un centre culturel, un conservatoire, une bibliothèque, une Maison pour tous. Donc ils m’ont proposé d’y travailler. J’étais animateur à la Maison pour tous, je leur proposais des musiques noires, des choses comme ça. Et j’ai travaillé pendant 7 ans. Après, j’ai été licencié. Il fallait que je fasse réellement mon métier d’artiste.

Jeannette-Danny : Notre ainée faisait de la danse classique à Sevran parce qu’on a habité 8 ans à Sevran et le professeur venait de l’Opéra de Paris et il me disait « Vous déménagez ? J’ai dit oui. Il a dit, Vous allez habiter où ? J’ai dit à Yerres, Ah il a dit, il y a Monsieur et Madame Lux et Monsieur et Madame Preux qui ont un centre chorégraphique à Epinay. Donc je vous les conseille parce que votre fille est douée. Allez là-bas de ma part ». Donc aussitôt dit, dès qu’on est arrivé à Yerres, je suis venue d’abord à Brunoy, parce que c’était le plus près pour inscrire la petite en danse classique. Et Madame Preux regardait la petite et elle m’a dit « mais non, c’est du jazz ». J’ai dit « non, c’est de la danse classique ». Et puis, finalité de tout, je lui ai dit, « écoutez, le professeur m’a dit de venir vers vous parce que la petite, c’est la danse classique, elle ne veut rien d’autre ». Dès qu’elle a entendu le nom du prof, elle a dit, « je la prends ». Et puis elle avait ses cours ici et c’est comme ça que j’ai connu Epinay-sous-Sénart. Bertrand connaissait la ville par le biais de la Maison pour tous, parce que les petits à problèmes d’Epinay venaient toujours faire des scandales à Yerres, c’est comme ça qu’il a connu Epinay, mais moi je l’ai connu par le Centre chorégraphique. Le temps que j’attende de la petite, je me promenais un peu dans la Ville et je disais à Tani, « s’il faut habiter quelque part, c’est à Epinay. Les boucles de l’Yerres, la forêt, le truc, ça sera à Epinay », c’est comme ça qu’on est venu.

On a construit dans la rue Henri Lot en 1984 et on est arrivé en 1985 et le dernier est né en 1986. C’est pour ça que pour lui ça sera toujours Epinay. 

Bertrand : J’avais beaucoup de relations quand je travaillais à la Maison pour tous, je faisais de la danse africaine pour adultes. Dans ces adultes-là, il y avait des dames qui étaient professeures d’école, des choses comme ça. Donc elles me proposaient de venir faire des petites animations pour des enfants en travaillant en tant qu’animateur à la Maison pour tous de Yerres. Donc je venais sur Epinay, qui était en ZEP (Zone d’Education Prioritaire) je faisais des petites animations sur le conte, sur la danse africaine et petit à petit, c’est remonté à l’Inspection académique et vers la fin, on a organisé ces animations d’une façon beaucoup plus professionnelle. Je faisais des animations la journée et le soir on proposait aux parents de venir pour des spectacles que les enfants avaient suivis la journée. Donc c’est comme ça que sur Epinay, on faisait plein d’animations et j’en ai fait pendant très longtemps. Les enfants d’Epinay, je les ai tous eus en animation. Quand ils me revoient, « Bertrand, tu me reconnais ?  » Mais non, j’en ai eu tellement.

Jeannette-Danny : Ce qu’on doit dire de l’Education nationale de l’époque, c’est qu’ils ont fait venir bon nombre de conteurs sur Epinay dont Mimi Barthélémy, Nacer Khémir, Muriel Bloch. Ils ont tous commencé sur Epinay, ils ne le signalent pas dans leur curriculum vitae, mais ils ont tous commencé sur Epinay. Et c’est pour ça que j’ai dit qu’Epinay à l’époque, c’était incroyable. Les gens d’Epinay, si Madame Remond était encore là, elle l’aurait dit, ont connu plein de conteurs sans aller sur Paris

Bertrand : Ils se passaient plein, de choses sur Epinay à l’époque et puis l’Inspection académique jouait le jeu aussi. 

Jeannette-Danny : Voilà, c’est grâce à eux de toute façon qu’il y a eu toutes ces animations. Et puis le fait que ce soit en ZEP ça a aidé, oui.

Bertrand : Les enfants tiraient les parents pour venir voir le spectacle le soir et tout. J’ai aussi travaillé au Collège de la Vallée avec Madame Sidibé, on a fait du théâtre, de la danse, le Misanthrope de Molière avec les élèves de 6ème. Au Pré aux Agneaux, on a travaillé sur « la chèvre de Monsieur Seguin » avec le CM 2. Avec une comédienne on lisait le conte, et après on oubliait le texte, on le disait de mémoire, on oubliait et après on apportait quelques éléments, des chansons. Et après on faisait des petits groupes. Chacun travaillait sa partie. Et quand ils revenaient pour exposer ce qu’ils avaient fait, tout le monde participait : « Mais non. T’avais dit qu’il tombait à l’eau. Ah oui donc ». C’était fantastique ! 

Jeannette-Danny : Mon parcours à Epinay est essentiellement associatif. Je suis devenue sur le tard aide-soignante mais au départ j’étais mère au foyer avec 5 enfants. Mon parcours de bénévole, d’abord les parents d’élèves avec la FCPE, la gym quand l’aîné des garçons a commencé la gymnastique, il avait 7 ans et demi, il en a maintenant 44 et c’est comme ça que petit à petit, je me suis investie, mais plus les parents d’élèves, parce que j’étais beaucoup plus attirée par le scolaire en fait, que par le sport. J’ai toujours été sportive. Mais rentrer dans une association sportive où ils sont très fermés, c’était difficile. Et puis progressivement, je me suis intégrée dans le CSMG, ça a pris du temps, on devient juge parce qu’ils ont besoin de bénévoles.

Les éducateurs de rue (l’Association Communale de Prévention), avaient besoin de quelqu’un qui pouvait enseigner les mathématiques. Et comme c’est mon cursus scolaire et universitaire, je m’étais dit que je pouvais y aller. Tous les soirs, pendant 2 h, j’essayais de faire passer mon savoir de mathématiques. En même temps il y avait aussi Repères qui n’avait personne en mathématiques, donc comme on était dans les mêmes locaux, et bien je faisais les éducateurs de rue et Repères. Mon cursus est à partir du lycée, mathématiques abstraites et j’ai continué à l’université en mathématiques abstraites. Et puis après je suis venue rejoindre Tani à Paris, je n’ai pas terminé mes études, à mon grand dam, parce que j’aurais bien aimé finir quand même mon cursus scolaire. Mais ça m’a permis que les enfants s’en sortent et ça m’a permis d’en aider d’autres. 

Bertrand : Nous aimons Epinay parce qu’on s’y sent à l’aise. Quand j’étais à Yerres, je travaillais avec le Club des anciens. Donc quand on faisait construire, je leur disais qu’on allait habiter à Epinay. « Ay Épinay ! Oh les jeunes brûlent les voitures « . Bon, ça, se passait un tout petit peu, mais d’une façon beaucoup plus calme qu’ailleurs. Mais quand on est arrivé ici, on se sentait très à l’aise.

Jeannette-Danny : Et puis il y a tout sur Epinay, les enfants peuvent aller à l’école à pied, voilà.  Si on est assez associatif, on connaît tout le monde.

Bertrand : C’est agréable d’habiter Epinay si on est actif, oui. Donc je fais partie de d’une petite troupe d’amateurs Mots en cascade. Donc relationnellement, je connais tout le monde et puis je continue à travailler la musique traditionnelle

Jeanette-Danny : Épinay est quand même une ville qui a le plus d’associations. De toute façon, ça aussi il faut le reconnaître, sans les associations, je ne pense pas qu’Epinay serait Epinay. Heureusement qu’il y a toutes ces associations sportives, culturelles, et cetera. Tous nos enfants ont fait du sport sauf Mia. 

Bertrand : elle a commencé un peu la gym, mais bon, ce n’était pas son truc. 

Jeannette-Danny : Le CSMG, je peux en parler, ça a été 10 ans avec Monsieur Rousseau parce qu’on l’a fait à 2. Parce que quand Christian (Col) m’a dit « on n’a personne pour prendre la présidence, est ce que tu veux bien le prendre ?  » J’ai été pendant quelques années trésorière du club, 2 fois. Alors la première fois, c’est Christian qui m’a initiée et la deuxième fois, c’est Madame Delaroute qui m’a appelée. Et je leur ai dit, moi, la gym c’est fini, je ne veux plus en entendre parler, c’est trop lourd. Une équipe première, c’est lourd, c’est dur. Donc j’étais partie, on m’a rappelé en disant non, il faut que tu reviennes, on n’a personne et tout. Et je regardais Madame Delaroute et j’ai dit que ce n’était pas mon rôle, que je ne m’en sentais pas capable. Aider oui, juger, faire du bénévolat au sein au sein du club, oui, prendre la présidence, non. Monsieur Rousseau, après la mort de Julien est revenu au club cette année-là. Je le connaissais depuis la FCPE, et je lui ai demandé de m’aider. J’ai pris la présidence et lui la trésorerie. Ça a duré presque 9 ans.

Maintenant, il y a Madame Méllot. Je dis que le CSMG survivra

Jeannette-Danny : J’ai le souvenir d’avoir emmené les jeunes du lycée qui passaient le bac français puisqu’il fallait des parents bénévoles pour les accompagner, à la Cartoucherie de Vincennes, voir le Molière d’Ariane Mnouchkine. Mia, l’une de nos filles a eu toute sa vie éclaircie par ça, la façon de voir Molière, que moi je trouvais étrange. Molière vu par Ariane Mnouchkine c’était spécial. Moi, je n’oublierai jamais ça, mon Dieu. Mais elle a ouvert les yeux à ma fille et à d’autres élèves du lycée qui ne seraient jamais partis à Paris voir ce genre de théâtre. 

Quand on était parti avec le Val d’Yerres Danse, pour des spectacles sur Dortmund, on est resté 3 jours en Allemagne. Et au retour le conducteur du 2me car (celui où je n’étais pas) s’est perdu vers Bruxelles parce qu’il ne comprenait pas les indications en flamant. On les a attendu pendant 5 heures.

Quand on s’est installés rue Henri Lot, à l’époque il y avait Madame Grimaud qui nous a bien reçu. Notre fils avait joué au ballon dans la rue, et puis il avait perdu son ballon dans les terrains et il pleurait, il avait 5 ans. Le lendemain, Madame Grimaud vient avec son ballon et dit « Bonjour Madame, je vous souhaite la bienvenue dans la rue. Je vous ramène le ballon du gamin parce que je pense qu’il a dû pleurer. Mon petit-fils a 5 ans, quand il va venir, j’inviterai votre fils et comme ça il viendra aisément ». Et c’est vrai qu’à partir de là, il y a une amitié entre Brice et Diata. Chaque fois que Brice venait chez sa grand-mère, Diata partait chez Madame Grimaud. Je dois dire que ça a été quelqu’un de sensationnel Madame Grimaud.

Ce sont les habitants qui font la ville et il faut que les habitants arrêtent de dire c’est la faute d’un tel ou d’un tel. On peut vivre quelque part tout en étant d’origine différente, de couleur différente, de religion différente. Ce qui compte, c’est le vivre ensemble. Et ça, je pense que les gens ne comprennent pas eux, ils pensent que vivre entre soi c’est bien. Moi je dis non, dans une ville, il y aura toujours un mélange. Ce qu’il faut, c’est savoir vivre ensemble, se respecter.