Claude GUILLAUME

Claude GUILLAUME

Je suis née en 1967 à Paris.

Mes parents habitaient La Courneuve avec 3 enfants. L’appartement s’est trouvé trop petit et en 1970, nous sommes venus sur Épinay-Sous-Sénart.

C’est ainsi que nous sommes arrivés au 3 Villa Guy de Maupassant où j’ai traîné mes guêtres toute mon enfance. 

Pour moi, c’était la liberté, on allait dehors. Mes parents nous laissaient sortir. Je traînais surtout avec mon grand frère. On allait sur les bords de l’Yerres grimper sur le grand chêne. Franchement, j’ai vécu une magnifique enfance. Et tous les adultes nous surveillaient des tours, ce sont des grandes tours, il n’y avait aucun souci. Dans notre immeuble de dix étages, les portes étaient ouvertes, donc on allait les uns chez les autres, pour jouer ou manger. Un coup c’était un bœuf bourguignon, mais sans alcool, un coup de la paëlla, un coup du couscous… c’était vraiment altermondialiste.

Notre immeuble, c’était le Portugal, l’Algérie, l’Asie… On vivait tous en harmonie.  

Pour revenir à mon enfance, c’était vraiment une époque de ma vie où on était insouciant. On n’avait pas peur. L’hiver nous avions de la neige, nous prenions nos sacs poubelles et nous descendions sur la butte vers les pavillons rue Bizet et il n’y avait pas ce souci d’être d’un côté ou de l’autre côté de la rue. Il y avait des échanges entre les quartiers des deux côtés de la route. On était en bande, on allait grimper sur la chaufferie, on allait à Boussy se faire un peu peur à jouer dans des maisons vides, des greniers. Enfin bon, nous étions insouciants. Je chéris encore mon enfance.

Au niveau scolaire, je suis allée aux Gerbeaux 2 en maternelle et en primaire.

On avait un directeur qui était vraiment super, Monsieur Dupré, on l’appelait Duduche. Et une maîtresse, Mademoiselle Paolacci au CP, c’est la seule dont je me souvienne. C’était une maîtresse de rêve. On faisait de l’éducation civique, on allait à la piscine. On avait envie d’apprendre. L’apprentissage à l’école était tel que chaque élève savait lire et écrire correctement en fin de cycle. J’avais des copines maghrébines qui arrivaient du pays, elles apprenaient vite. Il n’y avait aucun souci, c’était une intégration totale. Quel que soit le pays d’origine, quelle que soit la religion, il n’y avait pas de problème.

 Après, je suis allée au collège La Vallée. Ensuite malheureusement, j’étais mineure et donc pendant un an, j’ai été obligée de suivre ma mère dans l’Oise. Donc à 18 ans dès que possible, je suis revenue avec ma petite voiture et mes affaires à Épinay. J’ai fini au Lycée professionnel Louis Armand à Yerres, tout en ayant mon appartement Rue Jacques Becker et tout en travaillant à Euromarché comme caissière. Quand j’étais étudiante, j’ai aussi fait les marchés, j’ai été femme de chambre à l’hôtel Warwick et au Concorde La Fayette, enfin je faisais tout ce que je pouvais trouver.

Plus tard, j’ai travaillé en intérim comme opératrice de saisie, et après j’ai trouvé un CDI en tant que secrétaire de la Fédération de l’Assurance.

Épinay, c’est ma ville, la ville fait partie de moi, c’est pour cela que je me suis aussi investie à ma majorité sur les listes électorales municipales jusqu’en 2018, mais toujours en dernière position. Je ne voulais pas mêler un mandat municipal avec mes investissements associatifs et caritatifs de la ville.

La première association, c’est Fêtexpo en novembre 90 qui était dédiée au soutien scolaire et aux activités périscolaires et activités manuelles. On s’occupait des enfants du CP au CM2, et il y avait une autre association qui faisait le relais de la sixième au lycée. On était localisé aux Gerbeaux. Je leur faisais faire les devoirs quand ils sortaient de l’école. Le mercredi et les vacances scolaires, on allait au cinéma, à la patinoire de Yerres, ou on faisait des activités à l’intérieur du local avec de la récup. On n’achetait pas. Par exemple, on récupérait des rouleaux de papier toilette pour faire des châteaux forts. Sinon, on essayait de faire un voyage. Nous sommes partis à Londres et une autre fois en Normandie pour que les enfants puissent faire du poney. En ce temps-là, les dossiers et les demandes de subventions étaient moins compliqués. Suite à une réhabilitation des bâtiments dans les années 2000, l’association a fermé.

À Épinay, en décembre 1992, nous avons créé l’association du club de badminton avec Gilles Desforge et Pascal Michelangeli. Nous avions des soirées loisirs et des soirées d’entraînement pour les compétitions. On entraînait les joueuses et joueurs adultes, et les jeunes. J’ai suivi pour cela une formation d’entraîneuse, et bien sûr, on emmenait les jeunes faire des compétitions.

 J’ai rejoint l’AFAE qui venait en aide aux familles pour tout ce qui était juridique, administratif. Donc là, il y avait des juristes, des assistantes sociales… Il y avait aussi de l’aide à l’emploi, mais aussi une prise en charge de la maltraitance. On défendait les femmes maltraitées, les hommes aussi maltraités par leur femme. Puis l’association s’est arrêtée à peu près en 2007 par manque de bénévoles.

Ensuite, j’ai rejoint l’AFHAVI. Là c’était la défense des locataires en alphabétisation. Mais je me suis vite retrouvée toute seule à gérer l’ensemble, et l’association a fermé.

Puis j’ai aussi rejoint l’association de parents d’élèves « Les enfants d’abord » à la rentrée en maternelle de mon fils, et enfin « Le moulin » du collège au lycée.

C’est en suivant mon fils qui faisait du théâtre avec l’association Mistigri, que j’ai été attirée et me suis inscrite à l’association « Mots en cascade » Associations qui existent toujours, et dans lesquelles je me suis aussi investie.
Et depuis 12 ans, je suis avec Denis Hardy à la MAC à l’atelier théâtre de la mairie qui s’appelle « Souffleur de mots ». On fait un spectacle tous les ans fin juin. Nous sommes un groupe très soudé.

Aujourd’hui au niveau des associations qui agissent socialement, je suis à l’UFAVAL et au « Vestiaire Val d’Yerres Val de Seine ». À l’UFAVAL, je m’occupe du point CAF (Caisse d’Allocations Familiales) avec monsieur Lefils.

Si je fais un point sur mon parcours associatif à Épinay, je dirais que pendant pas mal de temps, on a connu cette solidarité qui s’était un peu essoufflée et qui est revenue avec le COVID, mais différemment. Avant au début dans les associations, c’était vraiment le don de soi, sans contrepartie. Mais les mentalités changent. Et donc là, ça devient compliqué de trouver des bénévoles pour toutes les associations, de trouver des gens qui donnent sans attendre autre chose. Je me souviens de moments en tant qu’association où on partageait ensemble des repas pendant la fête des voisins. Dans le quartier, il y avait un investissement assez extraordinaire. Puis au fur et à mesure des années, les parents ne se déplaçaient plus et on avait plus que les enfants qui venaient. Ça faisait plutôt garderie…

Le vieillissement des bénévoles et la non reprise des responsabilités dans certaines associations ont favorisé la fermeture de celles-ci.

Ce qui me rend fier de tout ce que j’ai fait, ce sont les petits jeunes que j’ai eus à « Fêtexpo » qui sont devenus adultes, qui sont devenus parents, et que je suis heureuse de rencontrer aujourd’hui, et avec qui j’apprécie de discuter pour découvrir ce qu’ils sont devenus. 

Au « Vestiaire », c’est aussi toujours du bonheur de voir des familles qui arrivent timides, mal à l’aise, et qui repartent avec le sourire.

J’ai des camarades d’école qui sont parties d’Épinay pendant quelques années, et elles sont revenues, parce qu’elles disent : « En fait ailleurs, on ne trouve pas ce qu’il y a à Épinay. C’est une mentalité à part qu’on ne trouve qu’ici. »

C’est pour cela que je ne me sens jamais en danger la nuit.

En journée, que ce soit aux Cinéastes ou à La Plaine, à chaque coin de rue, je rencontre des personnes que je connais ou pas, pour un renseignement, ou discuter, ou juste un sourire, un bonjour…

Je pense qu’au-delà des mots, il faut plus faire confiance aux jeunes, les écouter et surtout leur donner des responsabilités pour que leurs idées ne restent pas lettre morte. Les jeunes ont du talent, il faut les laisser s’exprimer.