Annie BIRO • Le Judo Club d’Épinay
Annie Biro est née le 23 mars 1940. Elle habite Montgeron jusqu’en 1961.
Elle rencontre Jean et se marie avec lui le 19 août 1961.
« J’avais rencontré Jean au Cigalou à Brunoy où se tenaient des bals.
On s’est marié à la mairie de Montgeron, et notre repas de mariage s’est déroulé dans la Ferme d’Épinay-Sous-Sénart (actuelle caserne des pompiers).
Mes beaux-parents, d’origine hongroise, étaient métayers et travaillaient là, et c’est aussi là qu’ils logeaient. Mon mari était tourneur fraiseur et moi, j’étais secrétaire notariale. »
À partir de là, Annie et Jean Biro habitent dans un petit pavillon attenant à la Ferme situé quasiment sous le viaduc.
« On entendait les trains passer, tout bougeait…
Sinon à la ferme qui était très belle, il y avait des vaches, des moutons. Mes beaux-parents élevaient des poules, des canards. Épinay était encore un village. À la place de l’auto-école, il y avait une épicerie et c’est à peu près tout ce qu’il y avait. Il y avait des grands champs partout. On vivait vraiment des produits de la ferme, le lait bien sûr, mais aussi tous les légumes. On mangeait aussi souvent du canard. Mes beaux-parents travaillaient beaucoup. »
Annie se rappelle un souvenir particulier.
« À la ferme, il y avait deux gros tilleuls et j’adorais m’installer dessous. C’était très apaisant. J’ai beaucoup apprécié cette période. À l’époque, tout le monde connaissait ma belle-mère, elle était très généreuse et avait vraiment le cœur sur la main. C’était vraiment une époque heureuse. »
Les beaux-parents d’Annie restent à la Ferme jusqu’en 1971. Ensuite, le propriétaire la vend ainsi que de nombreux terrains d’Épinay. La ferme est détruite. L’urbanisation s’intensifie. Annie regrette que la ferme n’ait pas été sauvée, comme à Boussy-Saint-Antoine.
« Mes beaux-parents ont alors habité dans une grande maison au niveau du Aldi actuel jusqu’en 1979. Ils continuaient l’activité fermière en se faisant approvisionner par une ferme d’Évry-Grégy. »
« De notre côté, en 1966, grâce aux nouvelles constructions, nous avons loué un appartement au 13 rue Anatole France face au café qui s’appelait « Le dolmen ».
L’immeuble était neuf, un des premiers construits sur la ville. Ensuite, j’ai vu toutes les constructions se faire au niveau des Gerbeaux. Ce quartier a été débaptisé en « Les Cinéastes », mais en fait, peu de gens savent que « Les Gerbeaux » faisaient référence aux champs d’Épinay et plus précisément aux gerbes de blé. Dans ce quartier, on se connaissait tous. Il y avait beaucoup de rapatriés d’Algérie et de personnes de toutes les origines, beaucoup de grandes familles. On nouait de véritables relations d’amitié et il existait une grande solidarité entre tous les nouveaux habitants que nous étions. Tout était très bien tenu. On avait une gardienne, un régisseur. »
Annie assiste à la construction du grand centre commercial.
« On avait vraiment tout sur place, c’était très pratique. Il y avait une boucherie chevaline et une boucherie classique. Il y avait aussi une boulangerie, un charcutier traiteur, un poissonnier, un marchand de chaussures, un petit magasin SUMA. En face sur l’autre rangée, il y avait une parfumerie, une mercerie, une boutique d’électro-ménager, une boutique de vêtements Brigitte D’HOM, une pharmacie, et puis aussi une teinturerie, et James Sport, une boutique de sport. Il semble que les charges de copropriété portées par les commerçants étaient énormes, ce qui a provoqué hélas un grand nombre de départ comme Brigitte D’HOM à Euromarché…
Les choses ensuite, n’ont cessé de se dégrader avec de nombreuses fermetures et une baisse progressive de la qualité pour les nouveaux commerçants… »
En 1968, Jean Biro, judoka et passionné de ce sport, crée avec son ami Louis François un club de judo dans une petite salle du vieil Épinay sous le nom de l’Amicale Laïque d’Épinay. En 1970, le club devient le Judo Club d’Épinay. Au début, les premiers judokas sont des enfants du vieux village et des enfants des nouvelles constructions. Plus tard, les entrainements de judo ont lieu dans une salle des Gerbeaux attenante à la chaufferie, puis à la chapelle d’Épinay (Salle Georges Pompidou aujourd’hui détruite).
« Cette chapelle a servi à tout : salle de sport, concerts, banquets, mariages… »
En 1980, le COSEC a été construit sous le mandat du maire Pierre Bonningue, et c’est là qu’ont eu lieu désormais les entrainements. »
Pour Annie et Jean, la vie est désormais rythmée par les entrainements et les compétitions. Annie précise que les filles ne faisaient pas de judo dans les années 60 et 70. Il a fallu attendre les années 80 pour que tout cela change.
« Quand on faisait les fêtes du club de judo ou des méchouis en juin, toutes les familles venaient, les mamans préparaient les gâteaux, on goûtait les plats des uns et des autres… Il y avait aussi la fête des sports, un grand moment. Là, tous les clubs de la ville défilaient en tenue de sport, en kimonos pour nous, et il y avait la fanfare, les majorettes. Ensuite, il y avait des démonstrations, et tout finissait par un grand banquet où on faisait la fête avec les clubs de gym, de danse, de rugby… »
En 1980, Annie et Jean achètent une maison rue Henri Lot du côté du vieil Épinay vers la voie ferrée. Le club de judo a de plus en plus d’adhérents et rencontre de plus en plus de succès sportif. Les entrainements sont rigoureux, mais l’ambiance est très familiale.
« Mon mari travaillait à la SNECMA. Il commençait tôt le matin pour pouvoir se consacrer plus tôt au judo l’après-midi pour les enfants. Il restait tard le soir pour assurer plusieurs entrainements pour les adultes. Et le mercredi après-midi, il ne travaillait pas, donc c’était bien pratique. Le club fonctionnait même pendant les petites vacances scolaires, car mon mari ne voulait pas laisser les jeunes d’Épinay sans activités. Il y avait beaucoup de respect de la part des enfants vis-à-vis des profs de judo, et réciproquement. Quant à mon mari, il avait un physique un peu dur, mais il avait un cœur d’or. Et ça se savait. En fait toute notre vie, ça a été le club de judo. »
Après les compétitions le vendredi soir, Jean Biro emmène les judokas boire un coup au café des sports « Chez Pierrot » (actuel café de la mairie). C’est un rituel apprécié de tous.
« Dans notre club, il y avait un véritable esprit de camaraderie. Et finalement beaucoup de lien social. »
Le club obtient de bons résultats dans les compétitions. Certains judokas du club se distinguent particulièrement.
« On a eu Darcel Yandzi qui a remporté le Championnat d’Europe de Judo en 1993 à seulement 19 ans. La même année il s’est classé 3e des Championnats du Monde. Il y a eu aussi Nasser Nechar qui a été sacré champion de France junior, et une année, il y a eu quatre champions de France cadet le même jour, un record. Et puis Franck Chambily et tous les autres… »
En 2015, Annie et Jean arrêtent de s’occuper du Judo Club d’Épinay après 47 années d’exercices. Ils sont tous deux décorés des mains de David Douillet pour l’œuvre accomplie à Épinay avec leur club. Jean Biro reçoit la Légion d’Honneur et Annie reçoit la médaille de l’Ordre National du Mérite.
Jean Biro, malade, décède en 2022.
Pour conclure, Annie Biro, âgée de 85 ans, exprime un regret.
« Aujourd’hui, je m’en veux de ne plus m’investir comme avant à Épinay. »
En tout cas, Annie n’envisage pas d’habiter ailleurs.
« On a toujours bien aimé Épinay, et moi, je n’oublierai jamais le côté amical que j’ai vécu avec les premiers arrivants de la nouvelle ville. Et aussi tous ces liens forts qui faisaient tellement partie de notre vie avec le judo, avec le club…
Mon mari disait toujours « Je ne quitterai jamais le clocher d’Épinay. » »

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