Nordine BOUDAHMANE • La Plaine Robinson
Nordine Boudahmane est né le 3 mai 1968.
Il arrive à Épinay-sous-Sénart à l’âge de 2 ans en 1971, accompagné de ses parents, et de ses 6 frères et sœurs. Sa famille s’installe dans un appartement en location aux Gerbeaux (devenus plus tard « Les Cinéastes ») et c’est là qu’il grandit. Ils viennent de quitter Athis-Mons où leur logement était bien plus petit.
« J’ai vécu une enfance insouciante. On découvrait Épinay, la ville grandissait petit à petit, l’ambiance était joyeuse, il y avait beaucoup de monde. J’allais à l’école aux Gerbeaux 1 (aujourd’hui groupe scolaire Georges-Brassens). À la maternelle, je me rappelle avoir appris comment faire pousser des radis, on a fait une visite où on a découvert des serpents, ça m’a marqué. En primaire, on avait comme professeurs Monsieur Pillat et madame Bergeot qui étaient sympathiques. Après leurs cours, ils faisaient ce qu’on appelait à l’époque de l’éducation populaire. Ils nous emmenaient un peu partout découvrir le territoire. On aimait ça. »
Nordine Boudahmane se rappelle un endroit particulier vers les bords de l’Yerres dans les années 70, la plaine Robinson, petit terrain d’aventures pour enfants, dont il garde un excellent souvenir, situé juste derrière le 27 des Gerbeaux.
« C’était un endroit de rêve, en fait un grand enclos dans la nature qui ressemblait à un fort de cow-boy comme dans les westerns. Il y avait un « zoo » tout autour, en fait des cages avec des lapins, des renards et des grandes volières pour les oiseaux. Il y avait partout des petites cabanes construites dans les arbres. On apprenait à monter à la corde et on les rejoignait. On pouvait aussi suivre un parcours à l’intérieur dans une mini forêt. L’ensemble était entouré de cerisiers. Avec mes copains, on passait notre temps là-bas, c’était un formidable terrain de jeux. »
Enfant, à l’école, Nordine Boudahmane, dont les parents sont d’origine algérienne, a des sentiments mélangés sur cette période.
« On ressentait qu’on était différent, on nous le faisait sentir. Au début, je ne m’en rendais pas compte, plus tard j’ai mis des mots sur ces humiliations.
Mais ces moments difficiles ont été digérés parce que l’éducation populaire était tellement forte que l’on oubliait tout ça. On n’a pas joué les victimes, on a bien vu que certaines personnes nous voyaient différemment. Et nous enfants, on ne comprenait pas pourquoi. Dans nos têtes, on était comme les autres. »
« Heureusement, il y avait aussi un vrai esprit de solidarité à l’époque, qui n’existe plus vraiment aujourd’hui. Notre voisin, c’était le curé. On faisait souvent des repas de quartier. L’un apportait le couscous, l’autre son Beaujolais. On mangeait tous ensemble. Tout le monde était respectueux. On se mélangeait sans problème.
« Dans la ville, c’était pratique, il y avait des commerçants ambulants qui venaient chaque semaine. Tout le monde descendait pour acheter. Il y avait un marchand de tapis, un rémouleur qui aiguisait les couteaux, un vendeur de fruits et légumes, etc… Après, il y a eu le petit, puis le grand centre commercial avec de nombreux commerçants comme la boucherie chevaline, la bijouterie, le poissonnier, deux boulangeries, le café tabac, la parfumerie, la supérette SUMA, le magasin d’électro-ménager Philips, le fleuriste, le magasin James Sport, la boutique de vêtements Phildar… C’était vraiment attractif. Ce qui a détruit ces commerces, ce sont les grands centres commerciaux qui se sont implantés autour comme Euromarché (aujourd’hui Carrefour). Il y avait aussi deux marchés qui fonctionnaient bien. »
Parmi ses bons souvenirs, Nordine Boudahmane se rappelle qu’il allait se baigner l’été au niveau de la cascade à côté du moulin de Rochopt, petite maison inhabitée à l’époque qui lui servait de terrain de jeux et de maison hantée. C’était le paradis. Avec ses copains, il rejoignait souvent Boussy. Il fallait traverser l’Yerres et parfois c’était compliqué de passer par les vannes du moulin, le garde-champêtre les en empêchait. Sinon l’été, ils traversaient à gué.
« On était une bande de 5/6 copains, on partait cueillir des fruits. Il y avait un verger accessible et même des fraisiers. Il y avait rue de la Justice à Boussy un vieux monsieur sympathique qui nous laissait accéder à son terrain couvert d’arbres fruitiers et où il y avait aussi un potager. On lui ramassait ses légumes, et lui en échange, il nous laissait cueillir des pommes, des poires, des prunes… Il nous donnait aussi de l’eau. Je ne me rappelle plus comment il s’appelait, mais on appréciait ces moments-là. Aujourd’hui, sa maison existe toujours, mais elle semble inoccupée, je suis repassé devant dernièrement. »
L’Yerres, c’est aussi l’opportunité de pêcher.
« On était tout une bande de petits pêcheurs des Gerbeaux. Au début, on le faisait avec des bâtons, mais après, on a eu de vraies cannes à pêche. On attrapait des gardons, des chevesnes, des perches, des brèmes et même des tanches. On ne mangeait jamais les poissons, on les relâchait dans l’Yerres. »
Avec ses copains, Nordine va aussi à Boussy pour nager à la piscine en plein air et fréquente aussi la Ferme et ses nombreuses activités.
Plus tard est construit le « Mille-clubs » que Nordine, jeune adolescent, fréquente assidument.
« J’y ai fait du Karaté, du patin à roulettes, j’ai participé à l’atelier photo, on regardait des films. On partait aussi faire des balades en forêt. Et puis il y avait aussi le goûter. Un club de foot du Mille-Clubs avait été créé et on avait formé une équipe. On a même joué contre le club d’Épinay. Nous, on ne s’inscrivait pas dans les clubs, on faisait tellement de sports toute la journée. Et on a touché à tout, au judo, à la boxe… »
Nordine Boudahmane poursuit ses études au collège La vallée.
« Là, j’ai un peu lâché l’affaire scolairement. Après je suis allé au Lycée Louis Armand à Yerres. J’y ai passé un BEP Administration Commerciale et Comptable et un CAP Emploi Service Administratif et Commercial. Ces diplômes ne m’ont pas servi à grand-chose parque j’ai changé de voie et je suis passé dans le domaine de l’animation et du social. Je suis devenu moniteur éducateur et éducateur spécialisé. J’ai travaillé un an à Boussy puis j’ai été embauché comme animateur par la mairie d’Épinay, d’abord au service « Action jeunes » en 1994, puis au « café jeunes » en 1998 pendant 4 ans. On y faisait de l’animation, surtout tournée vers la musique. Il y avait un studio son de répétition où venaient travailler les rappeurs.
On diffusait aussi des matchs de foot de la ligue des champions. C’était vraiment un lieu central pour les jeunes dans ces années-là où venait beaucoup de monde.
Ça n’était pas toujours facile à gérer, mais on ne laissait pas les jeunes boire ou fumer, on ne tolérait pas ça. On était 4 animateurs issus du quartier, on ne nous la faisait pas à l’envers… »
De nombreuses activités sont menées dans ce lieu.
« Je me rappelle du « café-plage » à l’été 2000. On avait ramené du sable, on avait un terrain de badminton et de volley, il y avait des tables de ping-pong, une douche, on a organisé un barbecue géant. On est même passé à la télé sur TF1. Après, on a eu l’impression que tout le monde avait repris notre idée, il y a eu des cafés-plage dans tous les quartiers. »
En 1995, ses parents déménagent dans la résidence Chopin où ils sont restés jusqu’en 2024. Toute sa famille habite toujours dans la vallée de l’Yerres.
« C’est un endroit merveilleux, on n’a pas envie de partir de là. On a de la chance d’être dans une banlieue avec autant de nature autour. Ici on peut respirer. »
Mais Nordine se rappelle aussi tristement de tous les jeunes qui ont été décimés par la drogue. Toute une génération a payé un lourd tribu à la fin des années 70.
En 2002, Nordine Boudahmane est parti vers d’autres horizons professionnels. Il travaille dans l’hébergement d’urgence pour d’autres communes pendant 8 ans.
Aujourd’hui, il travaille avec les jeunes de quartier en prévention spécialisée comme éducateur de rue et coordinateur pour trouver des chantiers éducatifs à Champigny.
De 2008 à 2014, Nordine Boudahmane connait une autre expérience en étant élu avec l’équipe de la maire Christine Scelle-Maury (DVG). À ce moment-là, il a senti une vraie reconnaissance.
« Il a fallu que j’attende mes 40 ans. Je me suis dit, ils ont voté pour moi. Et ça m’a fait beaucoup de bien, au moral et au cœur. Je me suis senti reconnu, les gens me parlaient normalement. Pour moi, ça a vraiment été un cap. »
Mais il avait déjà commencé à s’engager en 1989 dans une liste « Épinay Égalité » avec beaucoup de gens issus de la diversité.
On avait été choqué par la fermeture de « La Halte » une association tournée vers les jeunes qui proposaient de nombreuses activités dont des soirées festives et dansantes très prisées par la jeunesse de la vallée. Notre liste a perdu, mais on avait réalisé un bon score. J’ai eu envie de continuer. C’est pour ça que j’ai recommencé en 2008. Mais après le mandat en 2014, j’ai arrêté la politique. »
D’Épinay, Nordine Boudahmane veut surtout se rappeler son enfance joyeuse avec ses copains, quand, au rythme des saisons, dans tous les endroits qu’ils connaissaient, ils allaient cueillir les fraises, les cerises, les pommes, les prunes, mais aussi le raisin. Il allait aussi ramasser les noix le long de l’Yerres et les châtaignes en forêt de Sénart.
« On était des vrais petits paysans, des enfants de la campagne. » dit-il en riant.
Pendant le COVID, Nordine venait s’installer sur les bords de l’Yerres avec quelques amis. « On posait nos chaises et notre petite table dans les hautes herbes et on mangeait ce qu’on avait amené. On ne croisait personne, on était tranquille, c’était calme, on était bien. »
Pour finir, Nordine évoque un regret.
« J’aurais espéré qu’Épinay et Boussy rachètent le moulin de Rochopt et le transforme par exemple en crêperie ou en guinguette. Ça aurait été ouvert le week-end, les promeneurs auraient pu y grignoter une part de gâteau, prendre un verre… Ça m’aurait plu… »

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