Martine et Dominique VAUDESCAL

Martine et Dominique VAUDESCAL

Martine : Je suis née le 24 août 1948 à Paris 10 ème. Pas à l’Hôtel du Nord ! (En référence au célèbre film de Marcel Carné-ndr) Non, à l’hôpital Saint Louis !
En fait mes parents habitaient Villeneuve-Saint-Georges et ma marraine, la soeur de mon père était infirmière. Elle avait dit « Oh mais il faut aller à l’hôpital ». Donc maman est allée de Villeneuve à Paris. Ensuite mes deux soeurs sont nées à domicile (la marraine d’une d’entre-elle était sage-femme à Villeneuve-Saint-Georges). Mais moi j’ai été une enfant de l’hôpital.

Dominique : Je suis né le 7 juin 1947. À Neuilly-sur-Seine à l’Hôpital Américain parce que ma mère était aussi infirmière. Mon père y avait été soigné, c’est comme ça qu’ils se sont connus et qu’il est tombé fou amoureux de cette infirmière. Ils avaient 20 ans d’écart.
Mon père était mandataire en fruits et légumes aux Halles de Paris. J’ai passé ma jeunesse, dans le 1er et le 2e arrondissement, rue Montorgueil,
Quand je suis né, il faisait très chaud et mon père a dit « on va acheter à la campagne » et ils ont acheté une petite maison toute simple dans le haut de Yerres, tout près de Grosbois.
Mon père est décédé en 1955, j’avais 7 ans. Ma mère a repris le mandat aux Halles. Du coup, elle ne venait que le week-end et j’étais élevé par ma grand-mère et une voisine à Yerres.

Martine : On a vécu à Villeneuve-Saint-Georges, papa était cadre à la Société des «Réfractaires de Savoie Pechiney Ugine Kuhlman » vers la gare Saint Lazare, puis ils sont partis 2 ans à Asnières. J’y ai fait la fin de CM 2, la 6e et une partie de ma 5e au lycée Carnot d’Asnières où j’étais en classe avec Georges Pernoud. Ensuite, j’ai été au lycée de Montgeron car mes parents ont acheté à Yerres. Après ils ont divorcé mais papa nous a gardées (les 3 filles là) et on a habité Yerres très longtemps.
Avec Dominique, Nous nous sommes rencontrés au bal des anciens élèves du lycée de Montgeron, j’étais toujours élève, je préparais mon bac.

Dominique : Je n’ai jamais été ancien élève puisque j’étais au Thabor à Montgeron mais j’étais venu au bal.
Martine : J’ai passé 5 années au lycée de Montgeron qui était une annexe du lycée Henri IV. Vraiment, c’était formidable, il y avait l’étude du milieu, on allait dans la forêt, il y avait des ateliers de reliure, de sculpture. C’était vraiment un lycée pilote fabuleux.
Et puis j’ai une camarade de classe qui m’a dit « Oh je me suis inscrite en psycho » et je me suis inscrite en psycho, aucun regret. Donc j’ai tout fait à la faculté de Censier avec quand même quelques cours au grand amphi de la Sorbonne et quelques cours en fac de sciences à Jussieu parce qu’il y avait de la psychophysiologie, il fallait faire des expériences sur des grenouilles, ça ce n’était pas terrible. En même temps j’étais pionne. J’ai été surveillante au collège Guillaume Budé à Yerres, après au collège Budé, mais à Valenton et à Limeil-Brévannes. Avec Dominique, on se retrouvait où on pouvait, au resto universitaire ou ailleurs. J’ai fait à peu près 2 ans et quelques de pionne et puis
l’année de ma licence, je suis rentrée à l’Institut de l’Inetop, l’Institut d’études d’orientation professionnelle, pour devenir conseillère d’orientation. C’était une formation qui se faisait au niveau du bac. Mais en fait avec la licence de psycho, on ne faisait qu’un an, on rejoignait souvent des anciens instituteurs, et donc on était quelques jeunes là-dedans, tout frais émoulus de la fac de psycho. Ça m’a fait un bac +4 .

Dominique : Je voulais faire kiné mais Maman a oublié de déposer le dossier, donc je me suis retrouvé à la fac de sciences éco à Assas avec Raymond Barre comme prof. C’était difficile, j’ai redoublé à Nanterre et puis je me suis reconverti. C’était déjà les premiers cursus de formation continue et j’ai trouvé une formation qui était à Rungis, de technicien en organisation – gestion d’entreprise. Et donc ça a été une des premières formations diplômantes à bac +2 par la formation continue. C’était très intéressant comme truc. J’étais agent de planning de production.

Martine : En sortant de l’Inetop, comme j’étais assez bien placée, j’ai obtenu le CIO de Corbeil.
Je faisais Yerres-Corbeil/Corbeil Yerres, ce n’était pas si simple, j’avais une vieille 2 chevaux, enfin, entre autres, et une fois les pistons ont lâché et j’ai grimpé la côte de Corbeil avec 40 voitures derrière moi et la voiture qui était à 5 à l’heure « Pop, pop, pop » ! Et puis quand il y avait les conseils de classe tard le soir, je balisais un petit peu de rentrer toute seule. C’était la campagne à l’époque, quand il fallait aller à Ballancourt, quand il fallait aller à des conseils et puis rentrer le soir à 9 heures. Il y avait Etiolles où il y avait un peu de lumière et puis hop, on repassait dans la nuit. Au bout de 3 ans, j’ai réussi à obtenir Brunoy et j’y ai fait toute ma carrière, 32 ans au CIO de Brunoy. J’ai longtemps travaillé au collège la Vallée et au collège Gérard Philipe, il y avait les deux collèges côte à côte. Il y avait une directrice, Madame Petit, qui était géniale et qui avait donné ce nom de collège de La Vallée. Après j’ai travaillé longtemps au collège de Boussy. Parce qu’il y avait le CIO, mais on allait dans les établissements. Et puis après pas mal d’années, le lycée d’Epinay et aussi le collège Camus un petit peu. C’est un métier que j’ai vraiment adoré, l’orientation scolaire et puis la formation de fonction de psychologue.
Avec Dominique, on s’est fréquenté 3/ 4 ans, puis on s’est marié, les 24 et 26 décembre 1970 à Yerres. On habitait un très vieil appartement qui donnait tout près de Calmette, rue de la Grange, très chouette mais confort sommaire (toilettes sur le palier, pas de salle de bain).
Et puis on a eu notre aîné, en avril 73. Dans Yerres, il n’y avait rien qui se construisait. Et puis on a dit, « Ah mais il y a des choses à Epinay ». Les Petits Sanceaux nous plaisaient bien, mais c’était déjà quasi terminé. Et puis là on a découvert qu’il y avait le Gué Mandres qui était très rigolo comme architecture, cette harmonie un peu norvégienne, suédoise, qui était très agréable. Donc on a regardé les plans, puis on a dit, « Ah, ça serait bien de prendre tout en bas, près de la rivière » mais tous les 5 pièces étaient déjà vendus. Les 5 pièces du haut donnaient sur la rue. Alors on a pris la maison de 4 pièces le plus bas dans l’allée et donc il y avait soit l’Allée Saint-Guillaume qui était très longue, soit l’Allée Comte-de-Provence qui était un peu plus courte et voilà l’allée que nous avons choisie. Donc on a emménagé en août 73, notre petit avait 3 mois et on a signé chez le notaire je crois en janvier 74. Donc ça fait vraiment 52 ans qu’on est sur Epinay.
Oui, comment ça se fait qu’on ait emménagé avant de signer ? Je ne sais pas. Mais quand je revois les trucs, on, a emménagé et on a signé. Et puis alors là, à l’époque, c’était fabuleux, il y avait 15% d’inflation, on avait des prêts à 8%.

Dominique : On n’avait pas d’apport personnel mais je travaillais chez Unilever qui proposait le 1 % patronal (participation des employeurs du secteur privé à l’effort de construction – ndr).
Très vite je me suis inscrit à la Snecma à Corbeil Essonnes et donc j’ai démissionné d’Unilever. J’ai commencé à Corbeil et après ils ont agrandi à Villaroche qui était une petite entité, c’était un bureau d’étude et surtout d’essais de moteurs militaires. Ils ont agrandi, ils ont construit 3 bâtiments. Ils ont même construit un banc d’essai pour les moteurs du Concorde. C’était le premier moteur civil qu’on ai fabriqué, le Concorde parce qu’on voulait rentrer dans le système civil. Ensuite, ils ont agrandi l’atelier de montage avec l’arrivée des moteurs civils. On avait un contrat avec une entreprise américaine à 50/50 pour fabriquer les moteurs parce qu’avant ce n’était que militaire et donc on est rentré dans le marché civil pour équiper les nouveaux Airbus parce qu’il y avait aussi la dynamique de l’aviation. Le Président de Gaulle a voulu, pour concurrencer les Américains et les Britanniques, avoir une industrie européenne de d’aviation.
Donc la Snecma était partie prenante pour fabriquer des moteurs civils.
J’étais agent de maîtrise avec une vingtaine de gars sous ma responsabilité. Jusqu’à la retraite.

Martine : En dehors du travail, quand on était jeune, on a fait du tennis avec Philippe Lamarque. Nous en avons fait pas mal. On était très amis avec des gens, plutôt des Petits Sanceaux. On était vraiment tout un groupe. Les enfants à l’école, étaient dans les mêmes classes et on a sympathisé.
Donc bon après dans le voisinage, on était quand même très soudés, très proches, on a fait des méchouis dans l’allée. On était une quarantaine à l’époque. Dans le bas de l’Allée, il y avait 3 cèdres (après, il y a eu des tempêtes, il y a eu des élagueurs qui sont venus nous les massacrer), mais il y avait le méchoui, il y avait le mouton. il y en a un qui avait construit un boulodrome en bas, beaucoup jouaient, c’était quand même très soudé et puis on s’entendait vraiment tous bien, c’était très chaleureux. Puis, les aléas de la vie, il y en a qui sont partis, ils ont déménagé, certains sont décédés. C’est un quartier qui a évolué avec le temps. Les habitants ont personnalisé leurs maisons, apportant des touches différentes aux façades et aux fenêtres. Le Gué Mandres a changé d’apparence.

Dominique : Nous avons beaucoup participé à la vie de et aux activités de la commune, surtout avec les enfants.
J’ai été bénévole au Secours populaire et puis le Conseil de Quartier avec Pascal Michelangeli et maintenant je fais de la gym avec Marco.

Martine : Au niveau bénévolat, au club de rando de Boussy, je mène quelques randos, Sinon, dans Epinay, je suis Joie et Gym depuis 50 ans donc j’en fais beaucoup. Entre Boussy et Epinay, je suis très active et très occupée. Je fais aussi de l’aquarelle, j’ai fait de la peinture sur porcelaine avec Madame Kaminka et l’encadrement avec Martine Molitor à l’époque. Quand elle est décédée, on avait repris les Coquelicots mais sans donner de cours. On s’est arrêtés parce qu’on n’était plus que 4-5 et j’étais la seule Spinolienne, ça ne se justifiait plus. On vient de finir une exposition à Boussy. Là, il y avait tous les gens qui font du dessin, des enfants et des adultes. Il y avait des photographes, il y avait des sculpteurs. Et puis nous, notre réseau d’aquarellistes (les Coquelicots, on n’était que 4 mais on se voit toujours, on se reçoit, on se fait des petits gouters tous les 2/ 3 mois pour garder le contact).

Dominique : Ce qui nous plait à Epinay ? On aime bien la nature

Martine : C’est magique.

Dominique : Avec la rivière à côté.
Je fais du vélo, tous, presque tous les après-midis quand le temps le permet. En plus on est au calme, on n’est pas dérangé par les voisins. Les enfants pouvaient jouer dans l’allée.

Martine : Le voisin du 8 qui était très entreprenant, Monsieur Salé, avait construit un bac à sable donc tous les gamins y allaient.
Et puis on a fait des gouters d’anniversaire des copains d’école. Ils étaient 15, 20, pas forcément de la résidence.
Ce qui nous a marqué, c’est quand il y a eu les grosses inondations, celle de 1996, c’était impressionnant mais moi j’ai le souvenir de 1978. On avait des amis qui habitaient un pavillon de 5 pièces, ça a atteint quand même les patios des pavillons.
On a eu aussi un gros truc là, une nuit d’hiver où on a été réveillé par des craquements, des trucs, des bruits pétaradants. C’était bizarre. J’ouvre la fenêtre et il y avait un pavillon qui était en feu. Il y a eu un pavillon entièrement détruit dans l’Allée Saint Guillaume. C’était une femme seule qui n’était pas bien, qui avait dû laisser brûler une bougie ou je ne sais pas quoi. Elle est décédée, d’ailleurs. C’était terrible, mais on voyait les vitres qui étaient un tas de verre fondu. Ça a dû arriver pendant l’hiver, début 79. Ça, ça avait été un truc marquant quand même. Après, ça a été reconstruit.

Dominique : Nous avons 2 garçons et 1 fille. Donc un grand Olivier qui est de 73, Sylvain qui est de janvier 77 et puis 20 mois après, jour pour jour, en septembre 78, Séverine. Ils ne sont pas restés dans le coin mais vivent en Ile-de-France. Et nous avons 5 petits enfants.
L’aînée des petites filles a 25 ans, puis après sa soeur a 20 ans, un petit-fils de 20 ans également, son frère qui en a 17 et la petite dernière de 3 ans : Enora, Oriane, Romeo, Milann et Eliya

Martine : Nos 3 enfants ont tous été au conservatoire et on a gardé un bon souvenir de Monsieur et de Madame Ysebaert qui tenaient bien le Bureau. Olivier, a fait du piano.
Sylvain, lui, n’était pas passionné, il a fait de la flûte, il faisait pas mal d’âneries avec un grand escogriffe qui était son copain, qui était qui était le fils d’une prof de dessin du collège d’Épinay je crois. Ils ont fait du solfège, (pas très sérieusement je pense). Et puis Séverine a fait du piano assez longtemps.

Dominique : Maintenant, Sylvain fait de la guitare basse dans un orchestre. Lui qui était presque nul, aujourd’hui il fait partie d’un orchestre, en amateur.

Martine : Ils ont été aussi au catéchisme avec Madame Kaminka et Madame Labourier. Notre dernière allait dans les Gerbeaux enfin les Cinéastes, maintenant., pour faire le catéchisme. Et puis les enfants ont fait du tennis et du judo. Olivier a fait du judo, avec Monsieur Biro, qui était à la Snecma en plus.
Ils ont fait du scoutisme. La petite a fait les Jeannettes avec Monsieur Galmiche qui les encadrait bien. Ils sont beaucoup partis aussi avec les camps de la Snecma. Ils ont fait des voyages à l’étranger avec le CE. Nous aussi d’ailleurs. On a d’ailleurs usé notre contingent avion par rapport à ce qu’il faudrait faire. On ne savait pas qu’on polluait autant la planète.
Une partie de notre famille vit à proximité, c’est pour cela que nous sommes restés à Epinay-sous-Sénart. Papa, maintenant, est à la résidence Beausoleil à Montgeron. Il va avoir 101 ans mais il a longtemps habité Yerres, Maman habitait Allée Saint Guillaume. Elle était au Souvenir du Général de Gaulle avec Daniel Chabane, et puis elle était conseillère municipale de Monsieur Dôle. Elle s’appelait Jacqueline Henry et elle est décédée il y a 26 ans maintenant. Et puis mes soeurs habitent Yerres et mon beau-frère habite vers Melun. Quand nos mamans sont décédées en 99, on s’est dit « est ce qu’on quitte Epinay ? On achète plus grand ? » Et bien non, on a fait le choix d’acheter une résidence au bord de la mer, donc nous avons une maison en Charente maritime.
Je me dis qu’Epinay-sous-Sénart n’est pas une ville difficile parce que quand on a de la verdure, je suis bien sûre que ça peut apaiser quand même, ça donne de l’oxygène. Quand il y avait le COVID, on entendait dans les tours, les « tap/tap » des casseroles et c’était chaleureux.
À un moment, je m’étais dit, « Oh, on prend de l’âge. » J’avais commencé à me dire peut-être ça serait bien d’aller en appartement, de ne plus avoir à entretenir un jardin. Et puis les 2 mois où le pays entier a été bloqué par la pandémie et où il a fait si beau, on a bien apprécié la verdure et le calme !