Marie-Claude et Philippe BOURGOIN

Marie-Claude et Philippe BOURGOIN

Philippe : Je suis Philippe Guy Marie Bourgoin, je suis né le 16 novembre 1935, j’aurai 90 ans cette année,

Marie-Claude : Je suis Marie Claude Thérèse Augustine Goueffon. Et je suis née le 17 mai 1939, j’ai 86 ans.

Nous sommes nés tous les deux dans le Loiret à côté de Pithiviers où nous nous sommes rencontrés.

Quand nous nous sommes mariés, Philippe était déjà pâtissier et son parrain qui était à Montreuil lui a proposé de l’embaucher. Donc, nous sommes partis tous les deux pour travailler là-bas. Nous avons habité dans un petit appartement à Montreuil. Ensuite, nous avons eu notre fille. Et après, j’ai arrêté de travailler pour m’en occuper mais je tournais en rond. Au bout d’un an et demi, on a alors pris une gérance de remplacement boulevard Haussmann. La dame qui était malade a repris le travail au bout de six mois. Donc il a fallu trouver quelque chose et on a acheté à Corbeil Essonnes face aux Grands Moulins de Corbeil. Là, nous sommes restés de 1962 à 1970 et avant 1970, nous avions lancé une boulangerie aux Tarterêts. Nos horaires étaient très larges à Corbeil, on ouvrait à 4h30 du matin avec la préparation des sandwichs pour ceux qui faisaient les 3 X 8 et on fermait à 8h le soir. Mon fils est né à cette époque, s’occuper de deux enfants et d’une boutique, c’était fatigant même si on avait un vendeur et un pâtissier. 

On a bien travaillé quand même là, mais on en avait un petit peu marre de tout ça, et comme c’était la mode des créations de pâtisserie et de chocolat, on s’est dit on va en faire.

Philippe : On ne connaissait pas du tout Epinay, c’est le représentant de farine des Moulins qui nous en a parlé. Et les Moulins nous ont prêté aussi un peu d’argent, parce que construire à Epinay, c’était chaud aussi

Marie-Claude : D’autant qu’on a gardé quand même les Tarterêts parce que ma sœur était boulangère et que son mari était malade. On l’a mis gérante avec nous aux Tarterêts.

Au début on habitait dans la grande tour du Centre commercial, face à la Poste, on était au 4e, là-haut, on était bien. Nous y sommes restés 6 ans. Mais mon mari en appartement, le jour de congé il tournait en rond, oui c’était soit le fournil soit l’appartement. Donc on a acheté dans le Vieil Epinay une maison qui était en construction et loin d’être finie. Les gens qui étaient là, la dame voulait ouvrir un magasin de vêtements à Ris- Orangis et donc ils s’en sont débarrassés pour aller là-bas. Nous avons fini les travaux, mais petit à petit. On a fait du camping longtemps.

La première année de l’ouverture du magasin à Epinay était très dure. Autant on travaillait très bien à Corbeil autant à Epinay, il n’y avait pas beaucoup de clients. On a ouvert en octobre 1970 et à Noël on faisait même les livraisons, comme on dit « un client c’est un client », on ne prenait même pas de supplément en plus pour la livraison. 

Ça a démarré un peu après mais pendant une année on a souffert quand même.

À Corbeil, c’était trop, et puis là c’était vraiment plus assez. Mais enfin on a tenu bon quand même, on s’est accroché. On a pris notre retraite en 1996.

Dans le Centre commercial, on s’entendait tous très bien, même quand on était deux boulangers côte à côte. S’il manquait de levure ou des œufs ou si nous on manquait de quelque chose, on s’entraidait. Une fois il a été en panne de four, il est venu cuire son pain chez nous. On s’entendait bien, d’accord on n’allait pas faire la fête ensemble mais bon oui on s’entendait bien.

J’ai le souvenir de la patronne du Sénart, Madame Beutelstetter qui était une excellente cuisinière. Des fois elle me disait « 2 parts pour midi ? C’est du couscous aujourd’hui » c’était deux parts copieuses, on en avait encore pour le soir parce qu’on n’avait pas toujours le temps de cuisiner non plus. Elle nous dépannait « je fais du coq au vin » c’était une très bonne cuisinière. Gentille aussi.

On a fait des fêtes sur le Centre commercial, on a décoré les vélos d’enfants, ils portaient des toques marquées Epi d’or. On a reçu des récompenses pour les décorations de vitrine.

Philippe : il y avait beaucoup moins de pagaille que maintenant. 

Marie-Claude : Enfin, il y a eu des fois quand même où il y avait la police quand tous les commerces étaient ouverts. Le soir à 18h00, ils venaient un petit peu sur le centre parce qu’à la tombée de la nuit l’hiver, des fois c’était un peu chaud quand même.

Un samedi, la personne qui faisait la comptabilité à SUMA, s’est fait voler la recette alors qu’elle traversait la rue pour aller à la BNP.

On a eu chaud quand même certaines années. Même nous, une année, on avait des stores en fer, une fois, dans la tringle, ils avaient mis un bâton. Quand le rideau est descendu, il s’est mis en biais. Au moment de fermer, allez. Bon, on est venu nous aider à le remettre.

Nos deux enfants sont boulangers-pâtissiers. Mon mari a fait une déprime quand notre fils est parti. Il a travaillé sur Paris et puis il a pu nous aider aussi. Il nous faisait de la pâtisserie moderne. Pour les chocolats de Pâques c’était plus joli que ce que l’on faisait, nous c’était un peu vieille France quoi. Quand il a eu 18 ans, il a dit « je vais aller travailler à Chamonix ». Il avait été reçu à ses examens de pâtissier, il était content. Et puis il a voyagé aussi. Mais enfin c’est ça le métier, il faut voyager, il faut voir. 

Et puis maintenant on est à la retraite et on en est bien.

Notre fille, était à Quincy face à la mairie. Et puis après elle a été à Villecresnes. Quand on a vendu en 96, j’ai fait une déprime parce que j’avais trop de travail à la boulangerie mais ici, faire du ménage, ça va bien un peu. Et ma fille, au bout de 3 ans où je tournais en rond, m’a proposé de venir l’aider. J’ai dit avec plaisir et là j’avais du contact, je servais à quelque chose. La retraite il faut la préparer. 

J’avais mes petits-enfants aussi, alors j’allais à droite à gauche, maintenant c’est avec les arrières . Mais ça nous ça nous booste aussi ça. 

Philippe : On se plait à Epinay, on a un grand terrain et on est tranquille.

Marie-Claude : On est dans une belle région, la rivière, les arbres. Ma belle-sœur est à côté de Pithiviers. Il n’y a pas d’arbre, il n’y a pas de rivière, c’est plat, c’est des champs, c’est triste, c’est la Beauce. 

Philippe : On aime bien faire des voyages avec la mairie. Là, on va en faire un sur le bateau. Une croisière d’une journée, parce qu’il ne faut pas s’encrouter.